L’adresse du président Martelly, vendredi soir, n’a pas suffi pour calmer les opposants qui multiplient les marches de protestation. Samedi matin, plusieurs milliers de personnes ont de nouveau gagné les rues de Port-au-Prince pour réclamer le départ du chef de l'État. « Nous voulons des actes concrets, nous savons bien que nous avons affaire avec un pouvoir «à l’oral», donc il nous faut du concret », a déclaré l’ancien sénateur Lavalas Louis Gérald Gilles, réagissant aux propos du chef de l’État se disant favorable aux conclusions du rapport de la Commission consultative. La situation a dégénéré dans l’aire du Champ de Mars. La police a fait usage de gaz lacrymogène et de projectiles en caoutchouc pour disperser la manifestation. Les opposants au régime en place ont érigé des barricades en différents coins du Champ de Mars et des rues avoisinantes. « Une fois de plus, la police nous a empêché d’exprimer librement nos revendications », lance Assad Volcy affirmant que l’opposition n’a plus à discuter avec le président Martelly. Il ne jure que par le départ du chef de l’État, « solution ultime à la crise politique ». Après avoir été dispersés par les forces de l’ordre, quelque dizaines de manifestants tentent de se rassembler près du Musée du panthéon national. Ils persistent et signent. Ce qu’ils veulent vraiment, c'est manifester devant le palais national encadré par un important dispositif de sécurité. Le temps passe et le nombre des manifestants augmente près de la Tour 2004 où la police veille au grain. Des manifestants tentent d’arracher les tôles rouges clôturant les places en cours de réaménagement. La police intervient. Les policiers lancent des grenades lacrymogènes mais aussi des balles en caoutchouc. Alors que les forces de l’ordre tentent de rétablir le calme au Champ de Mars, le cadavre d’un jeune homme identifié comme un manifestant a été découvert à la rue des Miracles. Les manifestants qui mettent en cause la police se précipitent sur la dépouille retrouvée face contre terre, avec des traces de projectile sur le corps. Le jeune homme en blue jeans et T-shirt est identifié par les manifestants comme un des leurs. Ciblés la veille par des Casques bleus de l’Onu, les manifestants, à la vue du cadavre, s'enflamment: « Yo ba nou kou a, kou a fè nou mal ooo », chantent un groupe de manifestants qui prennent la direction du Champ de Mars avec le corps sans vie. La police s’interpose à nouveau à coups de gaz lacrymogène et récupère la dépouille au niveau de la rue Lamarre, Lalue. Une vive tension règne alors dans la zone où la police lance du gaz lacrymogène à profusion. Des gens se trouvant dans les parages tombent sous l’effet du gaz. La juge de paix de la section Sud de Port-au-Prince, Blondine Thélusma, arrivée quelques minutes plus tard sur les lieux, procède au constat légal avant d’autoriser la levée du corps. Le porte-parole de la police, intervenant lundi matin sur les ondes de Magik 9, affirmera que la police n’a rien à voir dans la mort du jeune homme. Ce dernier, dont l’identité n’a pas encore été révélée, n’aurait même pas été tué là où il a été retrouvé. Les premières analyses de la police scientifique montrent qu’il n’y a aucune trace de sang sur la scène. Pourtant la manifestation avait démarré dans le calme près des ruines de l’église Saint-Jean Bosco. Les manifestants ont parcouru plusieurs rues du centre-ville avant de gagner l’avenue Martin Luther King. La Saline, Bel-Air, Solino, Nazon sont, entres-autre zones sillonnées par des milliers de protestataires avant de mettre le cap sur Lalue. Jusqu’au bout ! crient des jeunes gens qui demandent la démission du président de la République avec le gouvernement. C’est en arrivant à Nazon que les protestataires ont commencé à brûler des pneus et déposer des barricades au coin de plusieurs carrefours. Malgré la démission du Premier ministre Laurent Lamothe et la libération de prisonniers politiques, les organisations de l’opposition entendent maintenir leur calendrier de mobilisation. L’opposition donne rendez-vous les 16 et 18 décembre pour de nouvelles manifestations de rue. L’objectif: exiger le renvoi du président Martelly.


Primature, CEP, CSPJ, Martelly fait ses devoirs

Il ne perd pas de temps. Comme promis, le chef de l’Etat a entamé lundi un ensemble de rencontres et de discussions visant à appliquer les recommandations de la Commission consultative. Tour à tour au palais national ce 15 décembre, Michel Martelly s’est entretenu avec les présidents des deux branches du Parlement, les membres du CEP et le président du CSPJ. Désormais, Laurent Lamothe liquide les affaires courantes. Il est un Premier ministre démissionnaire. Selon le porte-parole de la présidence, la démission de Lamothe a été reçue et acceptée par le chef de l’Etat. Cependant, a-t-il souligné, Laurent Lamothe n’a pas encore indiqué au président Martelly qu’il n’avait pas l’intention de rester à son poste jusqu’à la désignation et la ratification de son successeur à la Primature. De ce fait, c’est encore lui qui gère le gouvernement et il était à son bureau le premier jour ouvrable après sa démission.